Fissions, Romain Verger

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Fissions, Romain Verger, Le Vampire Actif (2013)

« Pour te retrouver, te voir, je suis du bout des doigts les nouveaux traits de mon visage, cette page de braille qu’est devenue ma face : arrêtes, séracs, fissures, escarpes, l’exact calque en trois dimensions de ce pays montagneux dans les plis contractés duquel a couvé notre union. »

J’en suis venu à lire Fissions suite à ma rencontre avec l’un des éditeurs du Vampire Actif, lors d’un salon du livre dans le Lubéron. On m’avait dit « c’est noir », alors je l’ai lu. Et en effet : c’est noir. C’est très noir, même. D’un noir épais, huileux. Des trombes de noir. C’est occulte, malsain, du délire, de la folie.

A vrai dire, ça va m’être assez difficile de parler de ce livre. Quelque chose d’impalpable s’en dégage.  Des noces qui tournent au cauchemar ; une descente aux Enfers, dans les tréfonds de l’âme et de la démence. Mais aussi le style, véritable tour de force littéraire, sublime l’indicible horreur qui traverse le texte et le consume.

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C’était captivant et terrible à la fois, un véritable piège. Je n’avais jamais lu quelque chose de similaire, alliant cette forme et ce fond. Plus le texte défilait et les pages se tournaient, plus j’avais cette impression de descente, d’engloutissement total, de désorientation bourdonnante, une déchirement, une éclatement, quelque chose d’organique, de viscéral. Finalement, j’ai refermé le bouquin, gardant un mauvais goût dans la bouche, un nœud dans la gorge jusque dans l’estomac, et des démangeaisons dans le cou et les yeux.

Je ne peux que le conseiller, et en même temps le déconseiller. Parce qu’il s’agit d’une perle — noire-suie, certes —, de quelque chose d’unique, aux échos lovecraftiens ; un livre semblable à un trésor maudit.

Grondenez

« Soudain, un cri a retenti dehors, suivi d’un martèlement sourd. Je me suis penché à la fenêtre. La pauvre bête maculée d’un tablier de sang frappait le tronc de ses sabots et sa tête à demi décollée valdinguait dans les airs. Noëline face à elle, le couteau à la main, la regardait immobile batailler dans le vide. Soudain l’animal s’est affaissé par l’avant, puis l’arrière a cédé, se pliant sur lui-même. Alors le corps entier s’est aplati sur l’herbe rouge. »

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3 réflexions sur “Fissions, Romain Verger

    1. Je vous en prie ! Vous faites partie des éditeurs dont le travail devrait et doit être défendu et promu, autant pour sa qualité que son originalité. Dès que j’aurai lessivé Atopia, sans doute que j’en parlerai alors. Et Siamoises fait partie de mes prochaines lectures. D’autres suivront, j’en suis sûr.

      P.S : C’est Hugues, le jeune-homme qui tenait votre stand au salon de la petite édition de Cadenet – et qui m’a fait découvrir tout ces livres, Fissions et les autres -, qu’il faut remercier ;)

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